Charles Baudelaire, "La musique", 1861

Extrait de Les Fleurs du Mal, 1861.

La musique souvent me prend comme une mer !
        Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
        Je mets à la voile ;

La poitrine en avant et les poumons gonflés
        Comme de la toile,
J’escalade le dos des flots amoncelés
        Que la nuit me voile ;

Je sens vibrer en moi toutes les passions
        D’un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions

        Sur l’immense gouffre
Me bercent. D’autres fois, calme plat, grand miroir
        De mon désespoir !